Entre le Centre Urbain du merlan et le rond point Wresinsky : un projet pour les habitants.
Pourquoi une couverture totale ?
Dès l’annonce du passage de la L2 sur la voie rapide appelée boulevard Allende plutôt que dans les collines, le choix de ce tracé a été justifié par l’opportunité qu’il donnait aux quartiers d’habitat social traversés de retrouver une urbanité : « la L2 recoudra les quartiers qui ont été autrefois coupés». Si ce projet d’autoroute, qui traverse un quartier à forte densité, a l’ambition de compenser les dommages causés par d’anciennes logiques d’urbanisation, il doit apporter des améliorations et répondre à des manques. Réduire les nuisances sonores et visuelles que peut amener le passage de 120 000 véhicules par jour en bordure d’habitat vertical avec une couverture en dalle de l’autoroute n’est donc pas un luxe par rapports aux objectifs énoncés mais plutôt une nécessité.
Le collectif L2 Nord se positionne, depuis sa création, pour obtenir la couverture totale de l’infrastructure autoroutière. Cette position est en effet partagée par chacune des 12 associations qui appuient cette revendication sur la position politique affichée d’opportunité de requalification urbaine des quartiers traversés. Or, seule la section entre le Rond point de Ste Marthe et le Centre Urbain du Merlan a fait l’objet d’une décision ferme de couverture en novembre 2000. Les 3 équipes d’architecte-urbanistes participant au marché d’études et de définition ont d’ailleurs travaillé sur cette base, excepté l’équipe « Devillers » qui s’est autorisée une couverture supplémentaire de 300 m à l’Est du Centre Urbain. Des ouvertures de part et d’autre de celle-ci permettaient néanmoins une aération naturelle et n’impliquait pas d’usine de ventilation supplémentaire.
Cette possibilité n’étant pas écartée, le collectif L2 Nord a fait appel à l’association Arènes pour formaliser à partir de son analyse des besoins, tirée notamment du diagnostic participatif de territoire, une esquisse de projet de couverture partielle. En effet, la DDE a laissé entendre en début d’année que la couverture totale n’était pas à exclure si elle était motivée par un projet urbain. Camille Deniau, architecte-paysagiste en formation, a donc travaillé sur ce projet qu’Arènes a soumis le 30 décembre 2002 au collectif. Suite aux remarques émises par le collectif, le projet a été modifié en envisageant une couverture totale, de la dalle de Carrefour jusqu’aux abords de rond point Wresinski (les échangeurs ne pouvant être couverts pour des raisons de sécurité), et en intégrant dans le projet de couverture le passage d’un TCSP. Le projet a alors été proposé à nouveau au collectif avec ses modifications fin janvier 2003 et affinés au cours de 4 réunions (le 4 février, le 25 février, le 1er avril et le 22 mai 2003) en présence des membres du Collectif L2 ainsi que de quelques habitants riverains.
Jusqu’à maintenant le refus de la DDE de couvrir à l’est du Centre Urbain du Merlan reposait sur le discours d’habitants des logements pavillonnaires situés au nord, qui disent vouloir maintenir une coupure avec les logements sociaux des Oliviers situés de l’autre côté de la voie rapide. Lors de la deuxième concertation, à travers une discussion entre le chef de projet de la DDE et ces habitants, l’autoroute est envisagée comme un « fleuve » qui passerait à côté de chez soi et au bord duquel on viendrait parfois se promener. Cette discussion sera un élément souvent évoqué pour expliquer le choix de ne pas réaliser de couverture à cet endroit là. Un argument aussi avancé est celui du constat du peu de relations sociales et urbaines existantes entre les deux « rives » de la voie actuelle, estimant alors que la couverture doit être réalisée à partir des relations sociales présentes sur le territoire, leurs absences conduisant à l’inutilité d’un tel aménagement. Enfin, les critères financiers sont sans doute un facteur déterminant dans la construction de cette argumentation au sens où une couverture à cet endroit nécessiterait, en sus des coûts d’aménagement proprement dits, la réalisation d’une deuxième usine de traitement des gaz d’échappement.
Quels besoins pour quels aménagements sur la L2 ?
Dans le secteur traversé par la L2, des besoins importants en équipements sont énoncés par la population. Les habitants des Oliviers A et B, à proximité immédiate de la future L2, ont notamment exprimé à plusieurs reprises le manque d’équipements sportifs. Les habitants du « Titanic », c’est-à-dire de la barre des Lauriers, revendiquent eux-aussi leur besoin en d’équipements sportifs de type « intermédiaires » c’est-à-dire qui ne seraient pas réservés aux scolaires ou aux clubs sportifs mais qui pourraient être ouverts à tous en journée. Les lieux conviviaux, de rencontre font également défaut. Ces aménagements pourraient parfaitement s’inscrire sur le site de la dalle à condition qu’ils soient conçus avec une gestion adéquate (des horaires d’ouverture notamment) et afin de faciliter leur entretien (propreté, arrosage, …). En effet, les aménagements conçus jusqu’à maintenant dans les quartiers alentours sont souvent délaissés par les habitants car ils sont avant tout délaissés par les institutions.
En outre, la cohérence du secteur du Centre Social de Malpassé, réparti de part et d’autre de la voie rapide, est actuellement problématique. Les relations Nord-sud qui pourraient exister sont donc aujourd’hui freinées par la coupure urbaine de la voie rapide.
Les équipements commerciaux, culturels et de loisirs qui existent de part et d’autre de la voie tels que le Centre Urbain du Merlan, Aldi et ED, le parc de Font Obscure, sont fréquentés par tous mais dans des conditions de sécurité et de confort très limitées. Pour permettre à ces pratiques habitantes d’exister réellement, des liaisons nord-sud « utilitaires » peuvent être envisagées. Le premier projet présenté au collectif (30 décembre 2002) s’appuyait largement sur la présence d’une branche du canal de Marseille (dérivation de Longchamp) qui traverse au niveau de l’école des Iris l’actuel boulevard Allende comme élément constitutif d’un projet urbain sur les quartiers alentours. Faisant le lien entre les différents espaces qu’il traversait, il permettait aussi de réintroduire l’eau dans des espaces urbains dans lesquelles elle avait été peu à peu cachée. Le canal constituait alors pour le projet une opportunité à la fois pour créer des liaisons piétonnes de qualité, ériger une passerelle au dessus de la future L2 « dédiée au piéton », et utiliser l’eau à travers des rigoles qui formaliseraient les limites entre des espaces aux statuts différents (public / privé pavillonnaire, public / espace collectif des grands ensembles). Sur la dalle elle-même, était proposé, en référence à un projet de couverture autoroutière réalisée à St Denis (93), des pelouses informelles traversées par des parcours piétons en damier, au milieu desquelles un équipement de convivialité (type buvette) était installé.
Les membres du collectif, et particulièrement un habitant très mobilisé sur le secteur mis en projet, ont vivement réagi à ces propositions d’aménagement. C’est surtout la réouverture du canal qui a été fortement critiquée. En effet, quelques années auparavant une mobilisation des habitants des pavillons et copropriétés limitrophes au canal avait conduit à la fermeture de ce passage et à la couverture du canal. Lieu à l’écart, laissé sans surveillance naturelle, le canal donnait à la délinquance locale une issue pour échapper aux poursuites de la police, permettait des incursions par les jardins des petits pavillons, constituait un dépotoir pour les véhicules abandonnés (scooters… ). Le canal, stigmatisé par l’ensemble du voisinage sans doute plus pour ce qu’il pouvait potentiellement causer que pour ce qu’il avait réellement engendré, une pétition a été signée par l’ensemble du secteur et a décidé les pouvoirs publics à définitivement couper son accès, et de le buser afin de limiter sa dangerosité. Sa couverture permettait dans le même temps d’agrandir la cours de l’école des Iris, qui souffrait d’un manque d’espace. On comprend mieux alors la réaction de rejet des habitants lorsqu’on leur propose de rouvrir le canal. Les autres propositions ont été par ailleurs favorablement accueillies. Ainsi, à contrario des conclusions de la concertation objectant un refus des populations pavillonnaires d’avoir un passage facilité avec les Oliviers, il semble qu’elles désirent fortement à cet endroit une couverture, et non pas partielle comme l’envisageait le projet Devillers, mais se prolongeant jusqu’au parking de Carrefour. Plusieurs raisons sont ainsi évoquées. D’une part, elles ont tout à fait pris conscience des nuisances que causera le passage d’une autoroute à cet endroit, autant en terme sonore qu’au niveau de l’impact visuel. D’autre part, le rétablissement d’une liaison globale avec l’autre rive des Oliviers est aussi perçu comme une amélioration du cadre de vie général sur le quartier, du moment que sont bien séparés et formalisés les espaces. En cela les rigoles tirées du canal et utilisées pour délimiter les espaces sur la dalle sont chaleureusement accueillies. Enfin, l’installation d’équipements sportifs publics sur la dalle sont aussi bien admis en connaissance des manques chroniques sur le secteur.
Une proposition de couverture fondée sur une différenciation des espaces
Le problème majeur dans ce quartier de ZUP est l’absence de statut des espaces publics et privés, d’où la crainte des habitants d’être dérangés par le passage. Ce qui rendrait donc le projet de couverture pertinent, serait d’utiliser la couverture pour aider à dessiner ces espaces. Ainsi, la couverture doit être intégrée au quartier. C’est du pied des barres que le terrain doit être remodelé pour pouvoir créer un parcellaire privé et collectif, qui serait bien délimité du public. Par exemple, au niveau des Oliviers, un talus arboré délimite l’espace réservé aux habitants de la barre et l’espace public irrigué par le tramway. Pour délimiter de manière encore plus franche, le projet propose à certains endroits la création de rigoles, efficaces pour qualifier les espaces et empêcher toute ambiguïté. Le système est simple : les rigoles sont alimentées par l’eau du canal busé. Elles ont le double avantage de séparer et d’irriguer les parcelles de terrain pour l’arrosage. Au nord de la couverture, la rigole, doublée d’une ripisylve, a l’avantage de séparer nettement les terrains pavillonnaires de l’espace public lié à la route et à la couverture.
L’autre problème lié à la ZUP est la place que la voiture a prise au détriment de l’espace piéton. L’absence de liaison Nord-Sud provoque de la gêne aux piétons.
Le projet propose une grande traversée piétonne et cycliste Nord-sud, où l’accès aux voitures est impossible. Cette liaison reprend le tracé de la branche secondaire de l’ancien canal de Marseille aboutissant à Longchamp. La présence de l’eau en sous-sol favorise la pousse naturelle de l’herbe et des fleurs sauvages. Un chemin le long de ce tapis vert permet une traversée directe, rapide et agréable du quartier. Le traitement du chemin rectiligne incite à aller tout droit, des grillages empêchent de flâner sur l’herbe tout en en permettant la vue et la fraîcheur. Le projet propose d’ailleurs deux étapes dans le temps. L’esquisse de décembre 2002 proposait de découvrir le canal ; le projet propose de le redécouvrir à long terme, dans une quinzaine d’années, mais la réouverture de cette branche de canal impose le traitement des berges (grillage, inaccessibilité à l’eau, clôture physique mais non visuelle). Pour le moment, ce tracé propose une direction pour les piétons et les cyclistes et c’est déjà un grand pas. Ce lien Nord-Sud permet de relier rapidement les logements du nord du quartier au parc Font obscure, sans avoir à se soucier d’un trafic automobile trop intense.
Le petit parc au nord de Carrefour est relié au Parc Font obscure par un chemin piéton et par la couverture supérieure du parking lui-même, qui est arborée. Le sol est en stabilisé, ce qui se rapproche plus d’une texture d’allée de parc, que d’une texture de parking. Une station de tram est située à la sortie de ce parking, dont les places ne sont plus réservées au seul Carrefour, mais au quartier. D’autres places, de part et d’autre de la route de desserte située sur la couverture et plus près des terrains de sport et des habitations sont placées sur la couverture de la L2.
La couverture est un grand parc public, un grand lieu de rassemblement dont le carrefour est la principale activité économique. Elle propose des équipements sportifs, une buvette, des jeux pour enfants, des pelouses arborées pour flâner, pique-niquer, jouer librement, permettre des représentations de spectacle de rue... La couverture est un espace ouvert où les fonctions sont bien précises, afin d’éviter le vide et permettre la rencontre.
Prescriptions des habitants du secteur à intégrer au cahier des charges
pour la dalle de surface de la L2 Nord section Est
(entre le Centre Urbain du Merlan et le rond point de Wresinski)
Trois grands principes d’aménagement :
1. La distinction physique ou visuelle des différents types d’espaces (publics / collectifs / privés).
Le problème majeur dans ce quartier de ZUP est l’absence de statut des espaces publics et privés, d’où la crainte des habitants d’être dérangés par le passage. Ce qui rendrait donc le projet de couverture pertinent, serait d’utiliser la couverture pour aider à dessiner ces espaces. Ainsi, la couverture doit être intégrée au quartier. C’est du pied des barres que le terrain doit être remodelé pour pouvoir créer un parcellaire privé et collectif, bien délimité du public.
La délimitation de ces différents espaces peut être matérialisée par :
▪ La végétation (haies, alignements)
Par exemple, au niveau des Oliviers, un talus arboré délimite l’espace réservé aux habitants de la barre et l’espace public irrigué par le tramway.
▪ L’eau (rigoles)
Pour délimiter de manière encore plus franche, la création de rigoles peuvent qualifier les espaces et empêcher toute ambiguïté. Le système est simple : les rigoles sont alimentées par l’eau du canal busé. Elles ont le double avantage de séparer et d’irriguer les parcelles de terrain pour l’arrosage. Au nord de la couverture, la rigole, doublée d’une ripisylve, a l’avantage de séparer nettement les terrains pavillonnaires de l’espace public lié à la route et à la couverture.
2. L’accessibilité piétonne aux centralités et les liaisons interquartiers
Il s’agit de permettre des circulations de surface sur le parcours de l’actuel Bd Allende pour relier les quartiers du Canet ou de Malpassé au Centre Urbain du Merlan et au parc de Font Obscure. La couverture doit aussi permettre des liaisons piétonnes entre les quartiers du Merlan, de St Barthélémy et de Malpassé (le chemin de surface sur le tracé de l’ancien canal est une opportunité même s’il doit contourner l’école des Flamants). L’organisation des équipements sportifs de la couverture peut également structurer cette circulation piétonne.
3. Des équipements qui répondent à des manques dans le quartier
Il s’agit d’articuler à la fois :
▪ des aménagements sportifs, de loisir
▪ des implantations économiques
▪ des voies de circulation : une fois une voie routière et un TCSP
La couverture est un espace ouvert où les fonctions sont bien précises, afin d’éviter le vide permettre la rencontre.
Nécessité : Approfondir la réflexion sur la gestion
(par la collectivité, par une association locale,..)
et l’entretien des espaces créés.